J’ai fait un saut ce matin en regardant mes courriels. C’est
parce que je n’ai pas l’habitude d’en recevoir de Thomas Mulcair, mais voilà
que ce dernier m’avait écrit. Enfin, il ne m’a pas écrit à moi spécialement,
mais à tous les néo-démocrates, ce qui m’a rappelé une chose que j’aurais voulu
oublier : j’ai déjà été membre du NPD. C’est vrai. Bien avant que la vague
orange soit même imaginable, j’ai reçu ma carte membre du NPD. Aux élections
fédérales de 2008, j’étais un parmi seulement 3 742 électeurs (sur presque
50 000) dans la circonscription de Chicoutimi-Le fjord qui ont voté
orange. À cette époque, seul un fou furieux aurait pu croire que le NPD
deviendrait d’un coup sec le parti fédéral préféré des Québécois. À l’heure
actuelle, tout le monde continue de spéculer sur les raisons pourquoi, mais avec
tellement de théories qui circulent (dont certaines encore plus folles que les
résultats électoraux eux-mêmes), qui croire?
Puisqu’il semble que tout le monde postule sa propre
théorie, j’ai bien droit à la mienne. Je crois que l’électorat québécois
souffre d’un malaise depuis très longtemps qui s’appelle le statu quo. Afin de
se guérir, il a essayé tous les traitements et lorsque la médecine
traditionnelle s’avère impuissante, on tourne vers les charlatans. Qu’est-ce
qui pousse les Québécois vers un changement si extrême? C’est à mon avis le
même réflexe qui a poussé 20 % des électeurs français à voter Front National il y a quelques semaines. On a ras le bol de ce merdique statu quo, on veut du
changement, on s’en fout lequel! Les Québécois ont des problèmes auxquels il faut
faire face. Ils s’estiment accablés de malheurs variés. Ils ont besoin d’un
héros pour leur redonner du courage et surtout pour les sortir du trou. Bref,
ils veulent que quelqu’un règlent tous leurs problèmes à leur place comme par
magie. Bref bref, ils veulent un messie.
Et c’est ainsi qu’on s’apprête à investir tous nos espoirs
et rêves en un seul homme : Mulcair. On attend à ce qu’il descende la
colline parlementaire, tel un Moïse moderne muni d’une nouvelle alliance entre
le peuple québécois et le tout-puissant État fédéral. Il y sera marqué un truc
du genre :
« Je suis le Canada, votre pays. Vous n’honorez point
d’autre nation que moi.
Vous ne vous séparerez point.
La souveraineté d’autres nations de votre taille et envergure, vous ne la convoiterez point.
Si vous vous tenez à ces paroles, je vous bénirai de péréquation. »
Vous ne vous séparerez point.
La souveraineté d’autres nations de votre taille et envergure, vous ne la convoiterez point.
Si vous vous tenez à ces paroles, je vous bénirai de péréquation. »
De quoi vouloir se circoncire, n'est-ce pas ?
Ce réflexe messianiste, n’est-ce pas un peu niais ? Les
espoirs que d’aucuns semblent investir en ce seul homme qu’est Mulcair, ne
ressemblent-ils pas drôlement à ceux que les Québécois ont déjà investi en les
personnes de Maurice Duplessis, de Jean Lesage, de Pierre Trudeau, de René Lévesque
et peut-être encore davantage ? Ne cherchons-nous pas un peu notre Obama à
nous, c.-à-d. quelqu’un qui est censé venir résoudre tous nos problèmes, une
personne à qui faire confiance intégrale ? Ce serait plus facile comme ça, si on pouvait tout simplement élire un sauveur qui comblerait tous nos vides et qui arrondirait nos fins de mois. Mais si nous avons appris une chose
du premier mandat de Barack Obama, c’est bien qu’un homme ne saurait tacler seul
toute la problématique d‘un pays.
Personnellement, je crois que le salut ne viendra ni du NPD, ni des Conservateurs, ni du Bloc (même si je préfère de loin ce dernier, tant qu’à envoyer une
formation politique de gauche à Ottawa pour représenter le Québec…). Le salut
viendra enfin quand les Québécois se prendront en main encore pour dire qu’ils sont seuls
responsables de leur réussite, tant sur le plan individuel que sur le plan
collectif. Il ne faut pas investir tous nos rêves et espoirs en un seul homme
ou parti politique. Il faut les investir en nous-mêmes. Il faut regagner le
sentiment que nous sommes capables de réaliser des merveilles alors même que
nos détracteurs nous découragent en disant que nous sommes inaptes. Qui veut
peut ! Ça prend de l’audace, mais c’est possible. Nous l'avons déjà prouvé pendant la Révolution tranquille. Tout est possible pour ceux
qui sont motivés d’une réelle volonté.
Thomas Mulcair, même avec toutes les forces de son parti et
de son pays, échouera comme tous les autres prétendants l’ont fait, car la tâche qu’on lui confie est trop irréaliste. Thomas Mulcair n’est pas le messie. Le messie, c’est
toi !

2 commentaires:
Content de te revoir. J'espère que le vent arrivera dans les voiles de ce discours au Québec. Il y a bien trop d'ignorance et d'engagement civique pour que les gens se rendent compte de nos problèmes et voient en fin quel gang de cons inaptes nous dirige. Hé bien. Mon espoir est que nous serons dans la belle province pour t'aider prendre la relève avant la fin de l'été.
Merveilleux. J'espère être parmis les premiers à vous acueillir !
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