3 novembre 2011

Quand il faut prier l'État québécois de parler français....

Mon rétablissement au Québec après un séjour de deux ans en Ontario me met en communication fréquente avec plusieurs organes de l'État québécois, notamment la Régie de l'assurance maladie (la RAMQ) et la Société des assurances automobiles du Québec (la SAAQ). Je suis parfaitement bilingue, mais j'ai un nom et prénom typiquement anglophones, ce qui fait que les fonctionnaires présument souvent que je désire communiquer avec eux dans la langue de Shakespeare, ce qui est faux.

Prenons l'exemple de la RAMQ qui, en dépit du fait que je lui ai signalé mon retour au Québec par téléphone, en français, auprès d'un agent francophone, m'envoie sans cesse des documents en anglais. Je n'ai jamais demandé qu'on communique avec moi dans une langue autre que le français, mais on voit mon nom très anglo-celtique et on se permet de prendre cette décision à ma place.

La semaine dernière, j'ai eu une expérience sublime au bureau local de la SAAQ (à Sherbrooke, même pas à Montréal). J'y vais pour mon rendez-vous d'échange de permis et je m'adresse à la première employée que je vois pour lui signaler que j'ai rendez-vous à telle heure pour effectuer tel échange. Il est utile de préciser que, même si je suis Texan, j'ai un accent très français et je me fais prendre pour un français par tout le monde, partout. La première question que me pose la dame est de savoir si je suis citoyen canadien, tout en s'attendant à une réponse négative du genre « non, madame, citoyen français ». Or, lorsque je lui réponds affirmativement, elle est surprise et elle prend bien soin de répéter, plus fort cette fois-ci, « citoyen CANADIEN ? ». Je réitère ma réponse positive. Finalement elle me demande de m'asseoir en attendant qu'on m'appelle au guichet.

Une dizaine de minutes plus tard, on m'appelle. J'arrive au guichet derrière lequel se trouve une jeune femme qui m'adresse illico la parole en anglais. « So, it's for a licence exchange from Ontario ? » Surpris, je m'obstine à répondre en français en disant « C'est ça, oui. Vous parlez français ? » La discussion commence alors à se faire en français.

Au bout d'un moment, par contre, elle s'absente pour quelques instants afin de vérifier une affaire auprès de sa chef d'équipe et, à son retour, elle recommence à m'expliquer la situation en anglais. Je lui fais signe, histoire de lui rappeler ma préférence linguistique, et elle s'excuse sottement comme quoi « excuse-moi, j'ai tellement l'habitude de parler anglais... ».

C'était de la pure frime ! Elle se la racontait à fond ; elle avait tellement envie de me montrer qu'elle pouvait parler anglais. Qu'attendait-elle de moi comme réaction... ? « Ah bon, tu parles anglais ? Super ! Mais comment tu fais pour être aussi balèze ? » Comme si j'allais être impressionné que quelqu'un puisse parler anglais en 2011...

Où en est-on rendus quand c'est un type du Texas qui doit rappeler aux fonctionnaires québécois, et ce plusieurs fois, que la langue commune au Québec est le français ? Je pourrais comprendre si j'avais été incapable de parler français qu'on me dépanne en recourant à l'anglais, mais ce n'était pas du tout le cas. On me poussait carrément à employer l'anglais dans ma communication avec l'État. Incroyable ! Du foutage de gueule !

Je n'ai rien contre la dame, qui était très gentille d'ailleurs, mais si elle veut pratiquer son anglais, qu'elle s'abonne à un groupe de conversation ou passe un week-end au Vermont (qui est, en passant, à moins d'une heure de route d'ici).

Il y en a qui me trouvent plus royaliste que le roi quant à la question du français en tant que langue commune des diverses communautés culturelles au Québec. Ces détracteurs, je les emmerde car ils ne savent pas ce que c'est que d'immigrer dans un pays dans le but précis de pouvoir vivre et parler telle langue, seulement pour se ramasser entouré de gens qui cherchent à te faire des accommodements dont tu ne veux rien savoir. Si j'ai un avantage certain là-dedans, c'est que normalement mon français est nettement supérieur à l'anglais de mon interlocuteur, donc la paresse de ce dernier m'aide finalement à gagner la mini-lutte linguistique.

Dans la vie de tous les jours, auprès de monsieur et madame Tout-le-monde, je m'attends à buter contre certains inconvénients en matière linguistique. Ça ne me dérange pas trop, mais ce serait quand même pratique que l'État québécois au moins me parle en français.

3 commentaires:

Yaël W. Ossowski a dit...

Quand tu déménages à Montréal, certainement à la fin de tes études, tu verras qu'elle n'est plus française, mon gars.

Il faut aller à la rive-sud pour la grande reconnaissance québécoise!

Fair Dominion a dit...

C'est ça. La rue Ste-Catherine est pratiquement 100 % anglo maintenant. Tu rentres dans un commerce, ça parle anglais à tout va. Même les employés des magasins se parlent en anglais, alors que le français est prétendument la langue du travail au Québec.

Dommage.

ThoMiCroN a dit...

Oui, c'est une mauvaise habitude des Québécois, mais bon, c'est peut-être la manifestation de notre aliénation collective. Après ça, le ROC a le front de se plaindre à chaque fois que le Québec essaie de bel et bien de rendre le français autre chose qu'une langue folklorique.

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