29 janvier 2011

Appliquer la loi 101 au CÉGEP ? J'ai une meilleure idée.


Acteur de renom devenu politicien favori des souverainistes, Pierre Curzi, vient enfin de rendre son rapport sur l'éventuelle application de la Charte de la langue française au système collégial. Pas besoin d'être Nostradamus pour deviner qu'il la prône fortement, et ce pour plusieurs raisons.

D'abord, c'est logique que ceux qui choisissent de poursuivre leurs études postsecondaires en anglais s'ouvrent à une carrière dans cette langue. On peut en débattre à longueur de  journée, mais la question que moi je me pose, c'est pourquoi y a-t-il un système collégial anglophone au Québec au départ ? L'État québécois est-il si engagé que ça à garantir que la minorité anglophone ne côtoie jamais la majorité francophone ? La réponse semble être oui, mais nous savons que pour le primaire et le secondaire du moins, le droit à l'école publique en anglais au Québec, réservé aux véritables anglophones canadiens, est garanti par la Charte des droits et libertés de 1982 (imposée aux Québécois par le reste du pays depuis presque 30 ans). La ségrégation linguistique est donc de mise à ces deux niveaux de scolarité, bon gré mal gré.

La province, par contre, n'est pas tenue d'offrir une instruction postsecondaire dans la langue minoritaire. La preuve c'est l'Ontario, où habite un nombre de francophones aussi important que celui des anglophones au Québec. L'Ontario ne compte que 2 collèges francophones dans toute la province, et aucune université francophone (seulement deux qui ont des prétentions au bilinguisme) pour une population francophone comprenant 567 935 personnes. Le Québec compte 11 collèges subventionnés, ainsi que 3 universités publiques entièrement anglophones pour une population de langue maternelle anglaise comprenant 575 555 âmes. Là on voit de sacrées différences de priorités ! Pourquoi au Québec alors, se sent-on obligés de garder les Anglos à l'abri du français toute leur vie ? Il faudra bien un jour qu'ils mettent leur français à l'épreuve et, le cas échéant, le perfectionne, non ?

L'Ontario, bien qu'il se la pète à fond d'être linguistiquement tolérant (à raison de quelques panneaux routiers bilingues sur la 401) demeure une province solidement unilingue où tout le monde doit parler anglais presque sans exception. Même les élèves des écoles dites francophones sont souvent plus à l'aise en anglais qu'en français, et ceux d'entre eux qui iront au collège ou à l'université le feront presque tous en anglais. Pourquoi? Parce qu'en dépit du rhétorique bilingue à deux balles, en Ontario c'est en anglais que ça se passe. Tout le monde le sait, personne ne le met en cause et l'Ontario n'est pas considéré comme « raciste » pour autant. Ô que le Québec eût droit à cette même attitude sans se faire accuser de xénophobie, d'intolérance et de racisme.

Voici ce qui serait normal si le Québec avait assez de confiance en lui pour s'assumer pleinement : il n'y aurait qu'un seul et unique réseau scolaire public qui serait de langue et de culture françaises. La seule exception serait un petit réseau d'écoles primaires et secondaires anglophones pour les vrais anglophones du Québec (pas ceux du reste du Canada ou ailleurs). La scolarité anglaise subventionnée prendrait fin dès l'obtention du diplôme secondaire et l'élève aurait dès lors son choix de CÉGEP ou d'université francophones au Québec ou dans la langue de son choix dans un pays qui y correspondrait. Si moi je voulais étudier en suédois, par exemple, j'irais à Stockholm, pas à Vancouver. Si je voulais étudier en anglais, j'irais à Toronto, pas à Montréal.

L'anglais ne cesse de se rétablir à Montréal en tant que langue dominante dans les vrais rapports sociaux et économiques. Ses locuteurs ne se gênent plus du tout à l'imposer à tout va depuis qu'ils ont compris que le Québec ne risque plus guère de faire sécession. Et c'est pourtant cette dernière qui serait l'ultime geste pour enfin montrer à tous combien les Québécois tiennent à former une véritable société francophone au cœur du continent américain. Ce serait à ce moment-là seulement où les rapports de force du style Anglo dominant/Franco dominé, seraient enfin cassés à tout jamais et sans équivoque. Tous comprendraient désormais qu'au Québec, c'est en français que ça se passe. Nul ne se poserait même plus la question, cela irait de soi. Les signaux ne seraient plus mixtes, car il n'y aurait plus de fédéral pour légitimer le bilinguisme institutionnel.

Il serait encore et toujours très nécessaire pour bon nombre de Québécois de maîtriser l'anglais, comme il l'est dans presque tous les pays non anglophones à l'heure actuelle. Mais cette exigence ne donnerait jamais lieu à une légitime diglossie, à la différence du régime actuel.

À présent, nous assistons à la dégradation, étape par petite étape, de tout ce qu'ont fait les générations précédentes pour faire en sorte que le français devînt la véritable langue nationale, des communications publiques, de l'emploi, des affaires et de l'instruction. Les nouveaux arrivants, qui représentent l'avenir de tout le Québec mais qui arrivent à Montréal, ne sont pas cons; ils ont compris que l'on apprend le français provisoirement pour plaire aux Québécois, mais que l'on adopte l'anglais pour garantir la réussite à long terme dans ce pays prétendument 'bilingue'. L'anglais redevient la langue de la réussite à Montréal alors que le français est redevenu la langue que l'on apprend pour pouvoir communiquer avec les ploucs et les ringards francophones, le cas échéant. Et ça continuera dans ce sens jusqu'à ce que l'une des deux éventualités suivantes se réalise : que le Québec devienne indépendant ou que le français redevienne une langue marginale, réservée au foyer et à la campagne. Ça ne peut qu'aboutir ainsi. Le choix est vôtre.

21 janvier 2011

Les Invincibles en version européenne ? Ça casse pas des briques !

Pour ceux et celles qui ne le sauraient peut-être encore pas, j'adore la télé française et, qui plus est, je suis passionné du cinéma français. Pendant longtemps, j'essayais en vain de capter les chaînes françaises en ligne, mais je ne trouvais que les rediffusions d'émissions que j'aimais pas tellement, si inintéressantes pour la plupart qu'on se foutait des droits d'auteurs assez pour laisser les internautes étrangers s'en régaler. Or, il y a quelques mois, je me suis abonné à un service de réseau privé virtuel qui me permet de contourner les restrictions géolocales. Je peux donc parcourir la Toile en tant que Français, Suisse, Belge, Britannique, etc., et donc regarder les chaînes françaises en direct ou accéder aux rediffusions de toute leur programmation.

C'est en faisant cela que je suis tombé sur un épisode des Invincibles en direct sur Arte (chaîne franco-allemande). Comme j'étais un gros admirateur de la série québécoise, c'était ma grande surprise de me rendre compte qu'il ne s'agissait pas de celle-là, mais d'une adaptation hexagonale dont j'ignorais tout à fait l'existence. Mon intérêt en était non moins attisé. J'ai donc continué mon visionnement jusqu'à ce que je n'en puisse plus ! Ouille, que cette série m'a laissé carrément indifférent ! J'étais curieux de savoir comment on a francisé une série qui, à mes yeux du moins, ne pouvait qu'être nord-américaine sinon uniquement québécoise. La réponse : mal. Pour autant que j'aie vu en tout cas, j'ai l'impression qu'on l'a très mal adaptée. Ça m'a même fait mettre en cause le concept de l'adaptation transatlantique en soi.



J'avoue qu'il y a bien des cas qui prouvent que la francisation ou la québécisation d'une série ont su charmer leur public cible. La série québécoise « Un gars, une fille », créée par la vedette dont la voix et l'intonation insupportables me cassent les oreilles, Guy A. Lepage, a été francisée avec brio et je préfère de loin la version française. Lepage, à son tour, a créé « Tout le monde en parle » version Québec, une émission qu'il a empruntée à son pote franchouillard, Thierry Ardisson. J'aime les deux versions, mais s'il fallait choisir, j'opterais pour la version québécoise parce qu'elle traite de sujets qui me regardent beaucoup plus qu'en faisait l'originale. Par contre, Ardisson est un maître animateur et Lepage ne saurait l'égaler sur ce plan-là.

L'adaptation d'une série peut donc s'avérer intéressante, mais c'est dans un cas comme celui des Invincibles qui me fait poser la question : pourquoi n'ont-ils pas diffusé la version originale tout simplement ? On va me parler bien sûr de la difficulté qu'éprouvent les Français à l'égard de l'accent québécois, mais je n'avale pas cette histoire. Je suis conscient que le public européen n'a pas souvent eu l'occasion de découvrir le parler québécois de manière à pouvoir le comprendre avec la même aise que les Québécois comprennent le français européen. Mais au fond, comment les Québécois peuvent-ils si bien comprendre le français continental ? Par leur exposition à celui-ci, non ? Donc ça devrait fonctionner dans les deux sens.

À force de voir les séries, les films et les spectacles québécois, les Français se familiariseront davantage avec ce fameux accent. Et rappelons que c'est juste un accent et quelques tournures et termes différents. C'est loin d'être une langue à part.

Le Français ayant séjourné au Québec quelque temps et qui, forcément, comprend le québécois sans problème, préférera sans doute la version originale des Invincibles. C'est plus réel, plus drôle et inextirpablement nord-américain. Si le public français s'était donné la chance de découvrir cette série, pour peu qu'il fasse le moindre effort, il aurait forcément compris les dialogues et terminé la série en sachant beaucoup plus sur cette société francophone en Amérique qui suscite tant d'intérêt outre-Atlantique.

À mes chers lecteurs français, si même il y en a, je vous invite à prendre connaissance des Invincibles québécois sans plus attendre. Si vous avez du mal à tout comprendre, ne lâchez pas. Ça s'arrangera tout seul à force de persévérance. Cette série est un joyau de la télé québécoise. Profitez-en !

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