22 novembre 2010

La francisation ou la privatisation de McGill : Une juste alternative

Depuis belle lurette, l’Université McGill est le joyau de l’instruction postsecondaire canadienne. Point de ralliement de la communauté anglo-montréalaise, cet établissement est fréquemment appelé le « Harvard du Canada ». La langue d’instruction y est l’anglais, un héritage de l’époque ou la minorité anglaise de Montréal exerçait une énorme emprise sur les sphères commerciale, financière et politique de la ville qui, pour le coup, était le centre économique du pays à la feuille d’érable. Aujourd’hui, 50 ans après le début de la Révolution tranquille, 34 ans après l’adoption de la Charte de la langue française, 30 ans après le premier référendum, 15 ans après le deuxième, Montréal reflète enfin l’image d’une ville de langue et de culture françaises, tout en accueillant une bonne cinquantaine de nationalités et de cultures différentes qui coexistent sans grands heurts. Un des principaux véhicules de cette ouverture sur le monde est cette même Université McGill, qui autrefois était un symbole de la domination anglo-saxonne d’une ville et d’une province pourtant très francophones.


À l’époque actuelle, McGill est hôte à un corps étudiant dont 57% vient du Québec et dont seulement 17,5 % est francophone. Un 5e des étudiants est étranger, dont plus de la moitié est étasunienne. Le reste (environ un quart) vient du Canada anglais. À la lumière de ces chiffres, on peut dire sans hésitation que le corps étudiant de l’Université McGill forme encore et toujours, pour la plus grande partie, une enclave de (jeunes) élites anglophones au cœur de la Métropole québécoise. Ceux qui ne sont pas d’accord n’ont qu’à fréquenter un peu les lieux. Le « McGill Ghetto », est fidèle à son nom. Les étudiants non québécois se ghettoïsent très vite dès leur arrivée et imposent leur langue commune à tout va, car cette collectivité, même si elle est minoritaire, n’a pas du tout l’habitude de l’être. Elle n’hésite pas à se comporter comme si elle était à Boston ou à Toronto (dans le fond, comme chez elle), même si la bienséance exigerait normalement qu’elle fasse comme si elle était à Paris ou à Bruxelles. La quasi-totalité de ces villégiateurs à long terme repartira sans jamais avoir profité de son séjour prolongé dans la 2e ville francophone du monde pour apprendre la langue de celle-ci, ne serait-ce que pour pouvoir se débrouiller au dépanneur. Et pourquoi ces jeunes gens apprendraient-ils le français anyway ? On peut tout faire à Montréal dans la langue de Leonard Cohen.


Se pose alors, à un moment donné, la question suivante : si McGill veut se comporter comme une université privée du genre Ivy League, pourquoi justement elle ne la devient pas ? La majorité francophone doit se demander pourquoi environ 30% des subventions universitaires provinciales se canalisent vers les deux seules universités anglaises de Montréal, alors que seulement 6 % de la population québécoise est anglophone et que les universités de langue française se plongent chaque année toujours plus profondément dans le rouge. Pourquoi cette clique de bobos, anglo-canadiens et américains pour la plupart, jouit-elle d’un tel privilège aux frais des Québécois (car même si les frais de scolarité sont plus élevés pour les non Québécois, la majeure partie du financement de McGill provient toujours de l'État québécois) ? Pour comble de malheur, même les étudiants francophones de McGill préparent, en bonne partie, leur ultime départ de la Belle Province en se faisant former dans une langue autre que celle qui est censément la langue du travail au Québec. Comment peut-on exercer le métier d’architecte, de médecin, d’agent publicitaire, etc. au Québec et donc en français si on n’a pas été formé dans cette langue ? Le choix de faire carrière au Canada anglais ou aux États-Unis devient donc naturel et logique pour tout étudiant de McGill, y compris les francophones.

McGill, ne devrait-elle pas se conformer à la norme linguistique de l’État qui la nourrit ? Au nom des 400,000 Anglos qui habitent le Québec, doit-on continuer à pomper le tiers des subventions universitaires dans deux universités entièrement anglophones qui n’offrent que très peu d’instruction dans la langue officielle ? L’Ontario compte environ 500,000 francophones mais pas une seule université de langue française ; seulement deux qui se disent « bilingues » (tu parles, Charles !). « Tant à découvrir », en effet. Tellement nombreuses sont les raisons pourquoi McGill devrait être francisée (et ça depuis longtemps), que je pourrais en parler à longueur de journée. Toutefois, très peu de gens se sont prononcés en faveur d’une telle francisation. D’aucuns citeront des raisons d’ouverture sur le monde (car il faut subventionner une grande école de langue anglaise pour être ouvert au monde). Certains diront que la qualité de l’enseignement baisserait énormément (parce qu’on ne peut accéder à une instruction de qualité dans une langue autre que l’anglais, ça va de soi). Enfin, on a tendance à croire que la francisation de McGill serait dévastatrice à la réputation et au standing mondiaux non juste de l’université elle-même, mais du Québec tout entier.



Cela est probablement vrai. Après tout, la volonté des Québécois de vivre dans leur propre langue sur leur propre territoire en tant que nation moderne et affluente, comme toutes les autres sociétés d'une telle envergure d’ailleurs, est tout simplement ringarde et franchement raciste (vous ne le saviez pas?). Pour ne pas être raciste, alors, il faut payer pour qu’une jeunesse anglophone, du Québec et d’ailleurs, accède à la meilleure instruction au pays avant de partir faire carrière aux États-Unis ou à l'outre-Outaouais. Il faut subventionner la fuite des cerveaux au nom de la rectitude politique si la société québécoise veut être épargnée du retour de bâton des médias anglo-canadiens qui, on le sait bien, seraient à l’avant-garde du sentiment voulant que le Québec soit une société intolérante et oppressive si jamais McGill devait être francisé.

Non. Un McGill français, comme le mouvement du même nom l’a su dans les années 60, n’est qu’un rêve en couleur. Québec a beau oser ce geste un jour, l’Establishment canadien ne laissera jamais sa belle McGill University se « froguifier ». Et à la fin, ce n’est pas uniquement négatif : ces étudiants qui viennent de partout, même s’ils sont souvent super graves, finissent malgré eux par enrichir le paysage culturel de Montréal. Surtout, ils enrichissent les commerces et les propriétaires du Plateau, ce qui sera toujours bienvenu.


La solution évidente est alors la privatisation totale de McGill. L’Université, ses étudiants, sa faculté et le consensus veulent qu’elle soit Ivy League, qu’elle le devienne donc. Qu’elle assume ce statut pleinement en suivant le modèle de la vraie Harvard, en étant privée, en cherchant son financement auprès de grands parrains industriels, de donneurs, d’anciens diplômés, de fondations et enfin au moyen de frais de scolarité plus élevés qui correspondent davantage au grand prestige et à la culture élitiste qu’attise une appartenance à cette grande école. Harvard, Yale, Brown, Columbia, etc. ne sont pas plus mal pour autant, et les meilleurs étudiants y trouvent leur admission qu’ils soient en mesure de payer ou non. Il est temps que McGill prenne sa place parmi ces légendaires institutions en les imitant de la seule façon qui lui reste : financièrement.


Sinon, elle peut toujours devenir Sorbonne, version Québec !

3 commentaires:

Luc a dit...

Moi, j'ai une autre proposition: étendons la loi 101 jusqu'aux universités, avec une seule clause qui serait de permettre aux étudiants étrangers de fréquenter les institutions anglophones. Car le problème réel est que les allophones et francophones s'anglicisent par ces extraordinaires machines à angliciser notre population à nos dépens. Quelle honte. C'est comme se faire tirer avec son propre arme. Bien sûr il aura l'argument que les étudiants sont des adultes. Mais les parents n'ont pas le choix d'envoyer leurs enfants à l'école de leur choix. Les institutions anglophones sont censées être un droit historique.

Anonyme a dit...

Je pense que ce qui est réellement alarmant c'est que les francophones ne reçoivent pas un bon enseignement de la langue anglaise. Résultat, nous avons des allophones TRILINGUES! Et des francophones unilingues. Je pense que la loi 101 est plus que suffisante pour préserver la langue française au Québec. Le vrai problème c'est que notre peuple francophone se leure à penser que seul la maîtrise de la langue de molière permet à ces jeunes de se démarquer sur le marché du travail et à travers le monde. Pour que le Québec, mon pays, se démarque il faut un peuple cultivé et instruit.

Fair Dominion a dit...

Si les allophones sont trilingues, c'est grâce à leur propres efforts à le devenir. Ils fréquentent les mêmes écoles que les francophones, or ils finissent par bien apprendre l'anglais à la différence de ceux-ci.. Les allophones sont motivés pour réussir et les francophones veulent que le gouvernement fasse tout à leur place. Pas plus simple que ça. Je crois que les écoles françaises doivent évidemment enseigner l'anglais comme langue seconde, mais que les francophones désireux d'apprendre la langue de Shakespeare prennent les mesures qu'ils jugent adéquates pour supplémenter cette instruction et enfin atteindre le niveau d'anglais qu'ils considèrent approprié à leurs objectifs. Si les allophones peuvent le faire, les francophones pourront aussi le faire et NON au dépens de l'instruction en français.

Partagez